CREE — S’amuser avec la rigueur corbuséenne

Presse, Septembre 2016
Photo © André Morin

Archicree.com

Connu pour son travail sur l'utilisation de la perspective italienne, son oeuvre interroge le génie du lieu dans lequel il intervient.

Après Xavier Veilhan, dans le but de prendre la mesure du lieu, Daniel Buren afin de le maîtriser, Dan Graham dans l’optique de le démultiplier, le designer propriétaire du MaMo (pour Marseille Modulor) Ora ïto a invité Felice Varini à s’emparer du toit corbuséen.

Connu pour son travail sur l’utilisation de la perspective italienne, son oeuvre interroge le génie du lieu dans lequel il intervient. Le toit de l’unité d’habitation de Marseille relève du défi pour l’artiste tessinois. Même si c’était une première pour lui de monter sur le toit de La maison du fada, le Parisien d’adoption, a mis en place son protocole habituel.

D’abord il déambule dans les différentes espaces du lieu, repère tel ou tel matériau, se documente sur son histoire. Ensuite il utilise son corps et la hauteur de ses yeux comme étalon pour déterminer le (ou les) points de vue. À Marseille, trois points de vue ont été choisis. Tels des meubles, plusieurs volumes architectoniques peuplent le toit.

Pensées à l’échelle de la vue panoramique sur la métropole, les microarchitectures ne rendent pas la tâche facile. Avec discernement Felice Varini a opte pour trois « points de lecture ». Celui aux bandes jaunes se place sur la terrasse devant la façade principale du gymnase. L’autre aux aplats rouges est à l’opposé, côté école et bassin. Le troisième se situe à l’intérieur du gymnase et entremêle le jaune et le rouge.

Juste après avoir fermé la porte qui donne sur le toit-terrasse et avoir effectué un 360° degré, aspiré par la lumière qui l’entoure, le visiteur essaie immédiatement de trouver l’emplacement idéal pour comprendre et lire la peinture murale « parfaite ». Cette quête de compréhension et de pureté absolue du point de vue est certainement à mettre sur le compte de notre aliénation volontaire à la perspective albertienne. Tout le travail dc Varini aspire à détruire cette convention. Il souhaite nous emmener ailleurs, dans la multitude, la fragmentation, pas dans l’unique ni la pureté.

Auteur : Christophe Le Gac