Le Figaro — La création au beau fixe dans le sud de la France

Presse, Juillet 2016
Photos © André Morin

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Avec son musée à ciel ouvert, le Mamo, sur la terrasse de la Cité radieuse, à Marseille, Ora-ito prouve une fois de plus sa capacité à mener à bien des projets d'envergure. Cet été, il a invité l'artiste Felice Varini pour enchanter le lieu.

Figaro du 15 juillet 2016 / Journaliste : Margot Guicheteau

Du haut de la terrasse de la Cité radieuse dessinée par Le Corbusier, propriété d’Ora-ito, Marseille resplendit sous le soleil. La vue est imprenable. C’est ici, sur ce toit, dans sa ville natale, que le designer crée, en 2013, le Mamo. Mamo pour Marseille Modulor (système de mesures crée par l’architecte suisse) ou pour Marseille Main Ouverte (la fameuse sculpture de Le Corbusier), « ouverte pour recevoir, ouverte pour donner ». Un centre d’art en faveur de la jouissance, du partage et de la culture. Si Ora-ito a fait polémique l’an dernier, ses compères l’accusant d’imposture, son petit paradis d’art contemporain est incontestablement une réussite. Celui qui a toujours été appelé « l’enfant terrible du design » montre un nouveau visage, plus assagi mais toujours jusqu’au-boutiste. C’est finalement sa polyvalence qui étonne le plus « Il est à la fois un artiste, un designer et un entrepreneur. Il est également animé par des passions comme la création, l’innovation et par sa ville de Marseille, qu’il souhaite promouvoir et developper. L’exposition étant gratuite, il rend l’art accessible à tous », confie Sophie Delafontaine, directrice artistique de Longchamp, mécène de l’exposition. Ici Ora-ito est chez lui et cherche avant tout à faire revivre ce lieu tel que Le Corbusier l’avait conçu, au début, en invitant les plus grands artistes.

Carte blanche
Après avoir accueilli Xavier Veilhan, Daniel Buren et Dan Graham, Ora-ito laisse carte blanche à Felice Varini. Un artiste qui le passionne depuis toujours « J’avais 9 ans quand j’ai découvert Felice Varini. Je me souviens de ce parking qu’il avait transformé port d’Austerlitz en 1985. Et quand j’y repense, son oeuvre représentait quelque chose de vraiment nouveau dans son rapport à l’espace. Cette transparence avec le lieu. ll sait trouver la forme juste pour fragmenter l’architecture ». Aujourd’hui, sur sa terrasse, Ora-ito garde son âme d’enfant, s’amuse et s’émerveille toujours autant des œuvres de l’artiste. Il semble chaque jour les redécouvrir, les mitraillant avec son smartphone dès qu’il en a l’occasion. Pourtant, comme il le rappelle, le pari n’est jamais gagné « C’est un endroit très dangereux. Le tout est d’être capable de dialoguer avec l’espace sans se faire avaler par le travail de Le Corbusier. Tout le monde n’en est pas capable ». Pour comprendre la creation de l’artiste, il faut d’abord trouver l’angle exact pour que se dévoile l’œuvre tout entière flottante, quasi palpable. Des bandes peintes rouges et jaunes dialoguent avec le bleu du ciel marseillais. Trois couleurs seulement pour trois œuvres monumentales à la géométrie parfaite. « Chacune des créations nous fait découvrir d’autres perspectives de Le Corbusier. Elles amènent notre regard à percevoir le lieu différemment. Ces trois oeuvres en génèrent des milliers d’autres, une oeuvre se servant de l’autre pour former un ensemble totalement nouveau », explique Sophie Delafontaine. Pour le maroquinier, les collaborations avec des artistes différents sont avant tout de formidables portes d’entrée dans leurs univers « Ce qui est dommage, c’est de voyager et de toujours voir la même chose. Grâce à ces liens que nous tissons, nous pouvons mettre en valeur le travail des artistes à travers nos flagships et montrer quelque chose de nouveau ». Éphémère, temporaire, mais surtout monumental.