Libération — Cité radieuse sous affluence

Presse, Février 2015
Photos © Patrick Gherdoussi

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Sur le toit de la Cité radieuse, le MAMO, nouveau centre d'art contemporain géré par Ora Ito, attire de nombreux visiteurs.

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Cet «esprit Corbu» a été pensé par l’architecte lui-même, qui voulait initier un nouvel art de vivre ensemble : «Il avait prévu, par exemple, des téléphones qui reliaient entre eux les habitants. Ils pouvaient également appeler les commerçants du troisième pour passer commande, détaille Jacques. Les ascenseurs aussi invitent à la convivialité : leur nombre réduit génère une file d’attente propice à la conversation.» Plusieurs salles communes ont été prévues à chaque étage : cinéma, ping-pong, bibliothèque… Aujourd’hui, c’est l’association des habitants qui les gère. C’est aussi elle qui fait le relais avec la copropriété pour les questions de rénovation. «C’est un monument fragile, il faut l’entretenir, souligne le président. On a refait le toit-terrasse, la façade ouest… C’est une vieille dame qui coûte cher.» Les charges, autour de 600 euros par mois, sont élevées, bien qu’une partie soit déductible des impôts. «Pour les habitants plus anciens, qui avaient acheté bon marché, c’est parfois difficile. Les nouveaux, eux, sont plus aisés et ils savent à quoi s’attendre.»

Le possible classement au patrimoine mondial de l’humanité des œuvres de Le Corbusier – dont la Cité radieuse de Marseille – pourrait peut-être corser la note. Fin janvier, une demande en ce sens a été déposée auprès de l’Unesco et la réponse sera connue en 2016. De quoi augmenter encore la notoriété du bâtiment, qui a déjà explosé en quelques années. «La vraie rupture remonte à trois ou quatre ans, calcule Jacques Delemont. D’un coup, Le Corbusier est devenu le saint des saints !» La capitale européenne de la culture en 2013 apporte un coup de projecteur supplémentaire et, la même année, l’installation sur le toit du Mamo, le centre d’art contemporain géré par le designer Ora Ito, fait flamber les visites. La Cité radieuse est désormais le troisième monument le plus visité de Marseille, après le Mucem et Notre-Dame-de-la-Garde.

Après une année de collaboration, les choses commencent à se réguler. Avec le Mamo aussi, la cohabitation est plus cordiale. «L’été dernier, on a même pu organiser notre bal au milieu des statues de l’expo Buren. C’était superbe !» raconte Geneviève, qui reconnaît que cet équilibre est fragile. «On se livre bataille intellectuellement pour savoir si on va rester ouvert au public parce qu’idéologiquement, c’est une belle idée – et c’est ce que voulait Le Corbusier lui-même -, ou alors s’il faut restreindre cette ouverture. Mais on n’arrive pas à s’y résoudre, car il y a quand même une majorité de militants dans cet immeuble qui souhaitent vivre dans un monument accessible.» Pour preuve, l’association organisera un week-end portes ouvertes les 10 et 11 octobre pour commémorer le 50e anniversaire de la mort de Le Corbusier. Pour l’occasion, Geneviève a sollicité des plasticiens afin de travailler avec les habitants. «On va réaliser une cabane collective sous les pilotis et organiser une expo dans les couloirs. Les résidents devront travailler sur un objet qui raconte pourquoi ils vivent ici.»

Par STÉPHANIE HAROUNYAN

Correspondante a Marseille