Arts Magazine — Ora-ïto radieux en sa cité

Presse, Mai 2013
Photos © Veilhan / ADAGP, Paris, 2013 et © Olivier Amsellem

À 36 ans, Ora-ïto a déjà signé de nombreux objets et lieux prestigieux. Jamais à court d'idées, le designer se lance dans un nouveau projet : installer un centre d'art sur le toit de la Cité radieuse du Corbusier, à Marseille.

« Vous allez à la maison du fada ? » Le taxi qui nous mène à la Cité radieuse connaît bien le chemin. L’unité d’habitation, première du genre construite par Le Corbusier en France, a été inaugurée en 1952. Situés dans un parc non loin du fameux Stade vélodrome, ses 165 mètres de long par 24 de large et 56 de haut font depuis partie du paysage marseillais. « Fada, nous explique le chauffeur, a l’origine, ça veut dire habité par les fées » Guidé par une certaine folie douce, il fallait l’être pour inventer cette mini-cite, conçue pour une vie en collectivité, qui réunit quelque 300 appartements. Les couloirs sont des « rues », dont la 3e accueille des commerces et un hôtel. L’ensemble possède son école maternelle, son aire de jeux sur la terrasse, et même sa petite scène extérieure et un gymnase, posée sur le toit. Baptisé Le Forum par les premiers habitants de la Cité, ce bâtiment a été privatisé dès les années 1950.

Depuis trois ans, son nouveau propriétaire s’appelle Ora-ïto. De son vrai nom Ito Morabito, il est l’enfant terrible du design français. Il se fait connaître par son insolence à la fin des années 90 Interrompant ses études de design, il se lance à 19 ans dans le détournement de marques. Sur un site Internet, des sacs à dos Louis Vuitton ou un briquet Bic font leur apparition. Mais lorsqu’on veut les acheter, surprise les objets n’existent que virtuellement. Sans rancune, et même avec reconnaissance pour certaines, les, marques saluent son travail le monde de l’art aussi, puisque son site Internet sera la deuxième œuvre numérique à rejoindre le Fonds national d’art contemporain.

Ora-Ïto, désormais établi, voit toujours plus grand. Aménagement de showrooms, boite de nuit (Cab, place du Palais-Royal) et jusqu’à l’ouverture en 2012 du prestigieux Hôtel O… Rien ne l’effraie. Aussi, quand la nouvelle se répand qu’il acquiert le gymnase du Corbusier, on murmure dans les rangs. Nouveau coup d’éclat ? Pour l’intéressé, même si « acheter le gymnase du toit terrasse a certainement été l’une des décisions les plus rapides et déraisonnables que j’ai jamais pris, c’est certainement aussi l’une des meilleures ! » Il s’agit d’un vieux rêve « J’ai une passion pour Le Corbusier depuis que je suis enfant, raconte-t-il La Cité radieuse me fascinait. J’ai d’abord acheté le gymnase comme on achète une sculpture » Bien vite, le coup de tête prend l’allure de projet un peu fou: installer ici un centre d’art.

Tout est né d’une idée presque trop simple en week-end à Marseille avec l’artiste Xavier Veilhan, celui-ci parle à Ora-ito de son projet « Architectones », pour lequel il crée des installations monochromes en hommage à des architectes de la modernité. Après Richard Neutra et Pierre Koenig, il vise Le Corbusier « Il voulait faire quelque chose sur le toit de la Cité radieuse, se souvient Ora-Ïto. Je venais de signer la promesse de vente et la copropriété avait déjà eu la gentillesse de me donner un jeu de clés. Nous y sommes allés. Une fois sur le toit, j’ai raconté à Xavier ce qui se passait et lui ai proposé de monter son exposition ici. C’est ainsi que l’histoire a réellement débuté et que le MaMo a trouvé sa vocation de centre d’art ! »

Le MaMo, pour Marseille Modulor, fait la nique au MoMa, tout en rendant hommage au Corbusier et à son Modulor, mesure définie par l’architecte à partir de la taille d’un homme bras levé (2,26 mètres). Au centre de tout l’aménagement de la Cité, il servira aussi de mètre-étalon à la renovation du gymnase. Car, non-content d’aménager des espaces d’exposition et un café-boutique, Ora-Ïto a acheté des plans pour installer deux logements, qui seront destinés à accueillir des artistes.