La Provence — Marseille : Le Corbusier, une renaissance qui s’annonce radieuse

Presse, Janvier 2013
Photos © Agathe WESTENDORP

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Passionné par l'oeuvre du Corbusier, Ora Ïto réalise un rêve d'enfant en devenant acquéreur du toit terrasse de l'Unité d'habitation. Une rencontre rare avec un homme ultra-talentueux, cultivé et profondément amoureux... de sa ville en pleine mutation.

Sur le solarium, Ora Ïto évolue, fier, en osmose avec ce lieu auquel il offre une renaissance. Comme un Modulor (*) en mouvement, détaché d’un mur de la Cité Radieuse. Rencontrer Ora Ïto, designer et architecte prodige au sein même du Corbusier le jour de l’ouverture de MP 2013 est un moment rare.

Le trentenaire, chevalier de l’Ordre des Arts et des lettres est un touche à tout. Salué alors qu’il avait juste 20 ans pour (entre autres) ses détournements en 3D de produits Guerlain, Vuitton, Apple, Heineken, il vient aussi d’ouvrir le sublime Hôtel O à Paris et ses créations sont exposées dans les plus grands musées contemporains.

Mais c’est à Marseille, cette fois, qu’il écrit un nouveau chapitre de sa vie hors norme, sous le signe d’un retour donc, en plein coeur d’un des emblèmes de la cité phocéenne. “J’adore Le Corbusier, pour le personnage, sa théorie du Modulor, sa modernité.” Ïto, l’audacieux, adepte de la “simplexité”, aime cette ergonomie, cette logique de l’architecte. “J’ai acheté l’espace comme une oeuvre d’art pour en faire un lieu de partage.” Car il y a trois ans, le designer acquiert le toit terrasse.

Objectif : implanter un centre d’art, le tout avec l’autorisation de François Botton, l’architecte en chef des monuments historiques, et celle des copropriétaires du Corbu. Les 600 m² ont été entièrement restaurés, des menuiseries au sol. Ora Ïto fait même déclasser et retirer la “verrue”, petite structure qui n’appartient pas à l’oeuvre du Corbusier. Trois années de travaux titanesques, minutieux, au cours desquels Ora Ïto est resté au chevet de cette terrasse unique au monde, avec ce souhait d’enfant fasciné par le grand architecte de “remettre tout exactement à l’origine”.

L’espace accueillera une boutique, un café, une librairie (tenue par Katia Imbernon, libraire du Corbusier) et même un appartement de résidence pour artiste. Baptisé MaMo (Marseille Modulor), dédicace au Corbusier et joli pied de nez au célébrissime MoMa de New York, l’espace veut devenir un rendez-vous incontournable. Il accueillera pour sa première exposition, Architectones, des oeuvres exclusives de Xavier Veilhan dès son ouverture en juin. Pour Ora Ïto : “L’idée est d’établir un dialogue avec l’unité d’habitation et le Corbu, voire un face-à-face avec l’artiste en résidence”.

Une étape majeure donc pour le designer. Qui savoure aussi cette émulation marseillaise. ” La ville est en train de décoller. Cela fait quinze ans que j’attends cela.” Ora Ïto couve du regard la cité, admire son côté “sauvage et urbain”, s’enthousiasme pour ses réussites comme le Mucem, et cette “nouvelle génération plus ouverte”. Mais s’énerve aussi contre ses détracteurs. Toujours en mouvement, Ora Ïto va restaurer le fort de Bregantin sur l’île de Ratonneau qu’il a acheté il y a dix ans [13007][/13007]pour y créer une résidence d’artistes. Mais ça, c’est un nouveau chapitre…

Un souvenir

“J’ai effectué mon premier stage auprès de l’architecte André Stern. C’est un personnage incroyable qui a confirmé tout ce que j’imaginais. Je me souviens des 200 marches pour monter jusqu’à son atelier.”

Son antre

“La première chose que je fais quand je suis à Marseille, c’est d’aller dans mon cabanon, au Vallon des Auffes, un endroit magique. J’ai besoin de mer. Et comme je n’ai pas mon permis de conduire, je fais tout en bateau, soit en zodiac soit dans une barque de pêcheur ! Et mon QG, c’est la pizzeria chez Jeannot.

Son repère

“C’est le Planier. On oublie souvent que c’est l’architecte et designer André Arbus qui l’a dessiné et décoré. Il me fascine.”

Ses balades

“Les calanques, les Goudes, et leurs bons restos comme la Grotte, la Baie des Singes. J’aime cet endroit, ce bout du monde qui est encore Marseille. J’aime aussi La Friche pour son côté urbain, le skatepark.”

Son coup de chapeau

“C’est le renouveau du front de mer, en plus de la tour de Zaha Hadid, le travail de Jean Nouvel, de Fuksas. Tout ce skyline autour d’H99. J’aime beaucoup Jean-Baptiste Pietri. Comme son père, il est passionné et amoureux de Marseille.”